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Rencontre d’anciens pèlerins

Aujourd’hui, Marcel et moi avons la chance d’assister à un souper mémorable.

Nous retrouvons Jean-Guy et Marthe, nos hôtes, pour la troisième fois. On est venu chez eux il y a quelques temps puis ils sont venus chez nous et nous voilà de retour.

Aussi, pour la première fois depuis mon retour de Compostelle, j’ai la chance de rencontrer Bobby et Claude que j’ai vu pour la dernière fois devant la cathédrale Saint-Jacques-de-Compostelle.

Chance plus spectaculaire encore, les Français Jacques et Monique sont présents à ce souper. Ils sont en vacances au Québec.

Naturellement, beaucoup de souvenirs sont échangés et tout le monde sort ses photos. On se rappelle toutes nos rencontres, tous les gens qu’on a connu dont Monique et Michelle, évidemment !

Merci Marthe pour avoir permis cette belle rencontre !

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De gauche à droite :
Rangée du bas : Jacques, Monique, Bobby
Rangée du haut : Moi-même, Claude et Marthe

On renvoie leur salut à Monique et Michelle pour leur photo ci-dessous.

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Monique et Michelle. Photo envoyée lors de leur marche de cette année.

Allez voir notre album photo !

Rencontre avec Marcel Leboeuf

Vendredi le 24 avril 2009, j’ai assisté à un souper à la Maison du Gouverneur de Montréal. Ces soupers thématiques regroupent des gens amateurs de vins dans un décor soigné, avec un chef renommé et un sommelier reconnu. Le thème de la soirée de ce vendredi était « Du vin et des chansons ».

Le conférencier invité était Marcel Leboeuf, artiste bien connu au Québec. Il allait ce soir-là nous parler de son rêve de développer une petite parcelle de terrain en vignoble.

Grâce à mon ami Simon, nous avons eu la chance de l’écouter nous raconter quelques anecdotes sur son chemin de Compostelle. J’étais très contente de le rencontrer.

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Jour 41, 42 et 43 – Santiago

SantiagoAmisMarthe et moi nous sommes données rendez-vous devant la cathédrale pour assister à la messe des pèlerins. Claude et Bobby ont déjà quitté pour le Québec.

Nous espérons voir le «botafumeiro», un gros enscensoir qu’ils balancent d’un côté à l’autre de la cathédrale. À l’époque, c’était pour camoufler les mauvaises odeurs que dégageaient les pèlerins. De nos jours, ce n’est pas tout à fait pour la même raison. Quoique parfois… hard-laugh

Petit vidéo sur YouTube

Nous sommes vraiment chanceuses car nous le verrons deux fois soit le 8 et le 9 octobre. Nous passons ensuite les deux journées suivantes à nous promener dans la ville et nous ne cessons de croiser des pèlerins. C’est très émouvant. Après une première nuit dans chacun notre hôtel, nous déménageons ensemble à la «Pension Libredon», très jolie et confortable. On se réjouit de dormir enfin seules, d’avoir une salle de bain pour nous deux seulement et de se lever à l’heure qui nous convient. On regarde nos photos et on se rappelle des souvenirs.

Je pars en autobus le 10 octobre au matin, pour Porto. Le voyage ne dure que deux heures et demi et je m’installe dans une jolie chambre d’hôtel près de l’aéroport.

Demain, j’irai retrouver Marcel. Enfin ! laughing

Jour 40 – Santiago – 23 km – Total : 788,5 km

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski»

Malgré mon beau petit coin de paradis à l’albergue, j’ai mal dormi car j’ai eu très mal aux jambes et aux hanches. Aussi, il a plu des cordes et je l’entends encore tomber fortement ce matin. En regardant dehors, c’est le constat; il pleut à boire debout. Bon ben, il ne sera pas dit que je m’en sortirai avec seulement une journée de mauvais temps.

Donc, je sors l’artillerie lourde; l’imperméable, les guêtres et la couverture imperméable pour mon sac à dos. Après un bon déjeuner, j’enfile tout ça et je pars. Il est 9h00. Un record. Mais je ne m’inquiète pas pour la place dans le prochain refuge car, si je ne me rends pas à Santiago, c’est «Montes del Gozo» où il y a 800 places ! Il en restera bien une en fin de journée !

Je décide de prendre mon temps pour bien profiter du peu qu’il me reste à faire et aussi en raison de la pluie. Soudainement, peu avant midi, elle s’arrête. Je n’aurais jamais cru tellement c’était partie pour durer. Il faut croire que quelqu’un, quelque part, a décidé de me rendre la vie plus facile. Il fait maintenant beau soleil et la route n’est pas trop détrempée. Je me sens tout drôle d’avoir fait tout ce chemin. J’ai tellement voulu abandonner souvent et me voilà à moins de 25 kilomètres de Santiago. Mais mes pieds ne me laisseront pas tranquille. depressed

Depuis de nombreuses années, j’ai de la difficulté avec mon pied gauche. De temps à autre, mon petit orteil se désarticule et la douleur est fulgurante quand je pose le pied par terre. Je remets l’articulation en place et tout s’arrange.

Donc en ce moment, comme j’ai fait un bandage un peu trop gros pour mon ampoule, celui-ci «pousse» sur l’articulation en question et la fait sortir. Je dois me déchausser, remettre l’articulation en place et je peux repartir. Mais quelques kilomètres plus loin, c’est pareil. Le choc est terrible ! Quand ça m’arrive, la douleur se projette jusqu’à ma colonne vertébrale et je change de couleur !

Je décide d’enlever le bandage. Advienne que pourra ! Ahhhh ! Enfin le calme. Ça chauffe un peu mais c’est supportable. Je rencontre une pèlerine d’Argentine, Maria- Belén et son mari Gabriel. Elle parle français. On se rend ensemble jusqu’à Montes del Gozo et on prend des photos. Je trouve l’endroit magique mais comme je vois Santiago au loin, l’appel est trop fort. Je décide de continuer.

Quoique Santiago soit très près, Santiago est aussi très grand alors je marche encore plusieurs kilomètres. Je marche sans m’arrêter, comme transportée par je ne sais quoi. Je fini par ne plus ressentir aucun mal. Je suis très excitée. Je pense que demain, je ne marcherai pas. La première fois depuis 40 jours. Je pense qu’à Burgos, je voulais abandonner, qu’à León, je voulais abandonner. Je pense que quelques jours avant de partir du Québec, je me demandais quelle idée de fou j’avais eu là. Déjà là, je doutais de moi.

Pourtant, durant ces 40 jours, rarement j’ai pensé «Demain, je ne marche pas». Chaque fin de journée était très difficile mais chaque matin, j’avais une énergie que je n’aurais jamais pensé retrouver.  Je me souviens qu’une fois, Marcel m’avait écrit que si c’était trop difficile, je n’avais qu’à laisser tomber et voyager en Espagne en attendant qu’il arrive au Portugal. Je l’avais trouvé très attentionné de m’offrir cela mais pour moi, c’était impensable.

Je marche encore dans Santiago. Je ne regarde pas beaucoup la ville car je suis concentrée sur les flèches jaunes, typiques du Chemin, qui ne sont pas faciles à trouver.  Puis la ville vieillit progressivement. Les rues sont maintenant pavées et les édifices datent de quelques siècles. Elle attire maintenant mon regard. Je me dis : «Francine, tu es à Santiago !» et j’ai la gorge serrée.

Et puis je vois la cathédrale ! Je vois les clochers. Je marche plus vite mais il y a tellement de petites rues. Après quelques minutes, je vois devant moi l’entrée vers la grande place. J’arrive par l’arrière, à droite de la cathédrale. C’est un des plus beaux moments de ma vie ! Je continue et puis voilà ! Je suis sur la grande place et je suis devant la cathédrale. Il fait un temps superbe et je la contemple dans tout sa splendeur. Elle est sublime ! Quel moment magique ! Beaucoup d’autres pèlerins sont déjà là et il en arrive encore après moi. Certains sont comme moi, plantés là sans rien dire. D’autres sont assis par terre, en plein recueillement. D’autres encore s’enlacent, se félicitent et pleurent.

C’est un moment émouvant et plusieurs sentiments se manifestent en même temps. L’émotion est grande. Je finis par m’asseoir et je me prends en photo pour me rappeler ce moment magique.

Je cherche des yeux des pèlerins que je connaîs mais je ne vois personne pour le moment. Il y a par contre beaucoup de touristes et ils nous prennent en photo. C’est rigolo. Je reste là une trentaine de minutes puis je quitte pour me trouver un endroit pour dormir et pour aller chercher ma «Compostela», document qui atteste que j’ai fait le Chemin. Je marche sans détacher mon regard de la cathédrale, le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

J’AI RÉUSSIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII  ! laughing

Une fois ma chambre trouvée et ma Compostela en main, je retourne sur la «Plaza do Obradoiro» et je rencontre Marthe. Yes ! Super ! Fantastique ! Mon bonheur est maintenant complet. Je retrouve ensuite Bobby et Claude. La totale ! Nous allons souper ensemble et nous croisons constamment des pèlerins rencontrés sur le Chemin.

La joie est à son paroxysme dans les yeux de tous et chacun.

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Jour 39 – Santa Irene – 24,5 km – Total : 765,5 km

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski – Partie A»
Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski – Partie B»

Je pars en pleine forme ce matin. Je tente de faire le moins de bruit possible dans le dortoir pour ne pas réveiller la petite famille qui se lèvera tard, selon ce que m’ont dit les parents hier.

Je marche rapidement et tout va bien. J’aimerais me rendre à Pedrouzo. Pourtant, après une quinzaine de kilomètres, je sens une brûlure à un orteil du pied gauche. Merde ! que je me dis, je n’aurai pas une ampoule si près du but ! Je m’arrête dans un bar et me déchausse pour constater qu’effectivement, j’ai une ampoule énorme. Zut et re-zut ! Je m’opère du mieux que je peux (c’est quand même un peu intimidant dans le bar) et je repars. Après 24 kilomètres, c’est impossible de continuer. Je décide de m’arrêter à Santa Irene. Je consulte mon «Miam-Miam Dodo» et il est écrit, au sujet de l’albergue privée «Santa Irene»; «Petit refuge de luxe». 

40B-SantaIreneWow ! Du luxe ! C’est possible ?  Je me précipite. Je cogne, je re-cogne mais pas de réponse. Bon, il n’y a plus de place ! Il est quand même 14h30. Je m’assieds sur le banc de pierre près de la porte et je rumine, fâchée de la situation. Pas encore totalement désespérée, je cogne encore une fois. Et là, une dame vient m’ouvrir. Je lui demande «Completo ?» (c’est une manie chez moi) et elle me répond que non mais que dans cette albergue, c’est 12 euros la nuit. Ben oui, pis ? que je me dis. Je suis une grande blessée moi madame ! que je me dis encore. excited

J’entre et elle me fait visiter. Je regarde tout ça et je n’en reviens pas. Puis elle me montre le dortoir et me dis que, comme je suis la première (moi qui pensais que c’était complet), j’ai droit au meilleur lit. Et elle me le montre.

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Je n’en reviens tout simplement pas. Un petit lit dans un coin, pas de voisin ni en haut, ni en bas, ni à gauche, ni à droite. YESSSSSSSSSSSSSSSSSSSS ! J’ai même des draps et une serviette ! Je prends ma douche à l’eau super chaude et je retourne m’étendre un peu. D’autres pèlerins arrivent et tout le monde est jaloux en voyant mon lit. 
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Je m’installe devant une «Estrella Galicia» (bière espagnole) et j’écris ma lettre quotidienne. Je regarde le salon et la salle à manger qui sont superbes. Je flotte ! Un peu plus tard, j’ai le bonheur de voir arriver François et Camille que je n’ai pas vu depuis des jours. On soupe ensemble et on s’amuse ferme. On parle beaucoup de Santiago.

Si je n’arrête pas à «Montes del Gozo», ce sera demain le grand jour !

Jour 38 – Castañeda – 23 km – Total : 741 km

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Je part à 7h45. Le lever du soleil est magnifique. Je croise encore et toujours de beaux petits villages. Chacun a son lot de «séchoir à maïs» parfois en piteux état. On voit qu’ils s’en servent beaucoup moins qu’avant. D’ailleurs, comment font-ils sécher leur maïs maintenant ?

Je croise de belles grandes demeures où vivent probablement des gens travaillant à Melide ou Arzúa. Les chemins sont larges et propres. En Galice, il y a des poubelles partout et les déchets sont rares, contrairement à ce que j’ai vu en Castille.

Il fait encore très beau. C’est incroyable de penser que je n’ai eu qu’une seule journée de pluie jusqu’à maintenant.DSCN2556En arrivant à Melide, je passe devant un restaurant dont une partie est ouverte sur la rue. Un homme y fait cuire des poulpes qu’il coupe ensuite en morceau avec des ciseaux. Je le regarde faire, complètement fascinée. Il me tend alors un morceau et dit (en espagnol) : Goûte ! «No ! No ! Gracias !» que je réponds. Et il répète encore et me tend le morceau avec insistance. Je finis par le prendre du bout des doigts et je le regarde, pas trop certaine de ce que je vais faire. J’y goûte. «Oui merci, c’est bon…» et je me sauve de peur qu’il m’en offre un autre morceau. excited

Je reprends ma marche et après la ville, je me retrouve dans un sentier magnifique, bordé d’eucalyptus et de chênes. Il fait beau et chaud. Je croise un endroit où, pour 1 euro, je peux avoir un petit plat de framboises. Je n’hésite pas et j’en prends un. Elles sont délicieuses.

Et là, je suis trop fatiguée, je décide de m’arrêter. J’aurais aimé me rendre à Ribadiso, mais bon, c’est quand même une bonne journée. Il est 14h45 et je n’en peux plus. Je me trouve une chambre dans une albergue privée dont les chambres sont à l’étage. C’est tout neuf. Il y a 5 lits dans le petit dortoir et je suis avec une famille allemande soit les parents et leurs deux enfants qui font le chemin avec eux. Assez spécial.

Je mange avec eux pour le souper qui est d’ailleurs très copieux. Le propriétaire du bar n’est pas content parce que je ne mange pas tout ce qu’il y a dans mon assiette. Ben oui mais monsieur, je vais éclater  ! 

Jour 37 – Palas de Rei – 25 km – Total : 718 km

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Beaucoup de brouillard ce matin. Ça donne un paysage sans pareil. Il fait par contre encore très froid. Je m’arrête souvent pour m’amuser avec les chats et il y en a des tas, la plupart du temps très affectueux. Et je comprends maintenant pourquoi on appelle chez nous «chatte espagnole» les chattes tachetées. Elles sont presque toutes de cette couleur ici.

Il y a beaucoup de monde sur le Chemin et tout va bien pour moi. Voilà 5, 10 puis 25 km de fait. Super ! Me voilà à Palas de Rei. Je suis contente de moi. Les forêts sont de plus en plus belles et les eucalyptus sont maintenant omniprésents.

DSCN2496Je trouve difficilement le refuge. Une fois que j’y suis, Michel, Jeannette et Mayie arrivent peu après moi et nous sommes encore ensemble. C’est cool ! Quand j’arrive pour prendre ma douche, je constate que c’est mixte et que les douches n’ont pas de portes. Ouaiiiiis, ça va pas ben. 

Je me concocte un rideau avec le «tape gris» que j’ai enroulé sur mes bâtons et avec ma serviette. Ça fonctionne. Michel, quant à lui, fait le guet devant la porte des toilettes le temps que Jeannette et Mayi prennent leur douche. C’est un ancien militaire alors il sait se faire obéir.

«Personne ne passe !».

Oui mon adjudant-chef !

Je m’installe dans un petit bar pour manger un peu en attendant le souper. Ils font des frites du tonnerre ! Je cherche ensuite un téléphone pour appeler Marcel. On parle un bon moment. Nous allons nous retrouver dans un peu plus d’une semaine maintenant. Ce que j’ai hâte ! 

Aujourd’hui, j’ai passé le cap des 700 km. Tu parles !

Jour 36 – Portomarin – 19 km – Total : 693 km

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Il fait encore nuit quand je pars. Quand le soleil se lève, un petit oiseau me suit et fait le rigolo. Ça m’amuse. Il y a beaucoup de brume et ça rend le paysage fabuleux. Côté marche, le sentier est très beau mais encore en descente. J’ai mal partout mais je m’encourage en me disant qu’il ne me reste que quelques jours. Juste avant d’arriver à Portomarin, il y une descente assez spectaculaire. J’avais l’impression, en regardant le dénivelé du terrain sur mon papier, qu’il n’y aurait plus de descente de ce genre jusqu’à Santiago. Il faut croire que le document ne montre pas tout. Au moins, la Galice est tout simplement magnifique !

Je croise la borne de 100 km. Youppi ! Je m’arrête déjeuner dans un magnifique petit bar tout en bois. Ils savent y faire côté bois les Espagnols ! J’en retrouve un tout aussi beau un peu plus loin dans lequel je mange pour dîner une délicieuse soupe Galicienne accompagnée d’une «tortilla» et d’une Heineken. Le bonheur !DSCN2460

Me voilà à Portormarin. Je m’installe dans un hôtel où les propriétaires ont réservé une partie au premier étage pour les pèlerins. C’est tranquille et les petits dortoirs, bien que n’ayant pas de portes, ne contiennent que 4 lits, tous superposés. Je suis toute seule et quelques temps plus tard arrivent deux Hollandais et une Danoise. Ils sont tous très sympathiques et font des efforts pour me parler français.

Une fois ma douche prise et mes affaires lavées, je m’installe au bar qui possède une superbe véranda avec une vue sur Portomarin engloutie. En effet, Portomarin a une ancienne ville dont on ne voit que les restes lorsque l’eau de la rivière est basse. Cette partie a été engloutie après la déviation d’une rivière (ou pour un barrage je crois). C’est assez spectaculaire.

Je prends une bonne bière en mangeant un chip et j’écris ma lettre. Puis je vais voir sur l’ordinateur si j’ai des courriels. Sur le coup, je pense que j’ai un virus car j’ai 21 messages dans ma boîte de réception. Habituellement, je n’ai rien sinon un message de Marcel ou mes filles. Je sursaute en voyant tous mes amis et ma famille qui m’ont écrit. Du coup, je suis convaincue qu’il y a quelqu’un de mort…

Mais non, c’est Marcel qui a demandé à tout le monde de m’écrire pour m’encourager. Presque tout le monde m’explique qu’il ne pensait pas que j’avais accès aussi facilement à un ordinateur, qu’il ne voulait pas me déranger dans mes méditations, etc.

Je quitte ensuite pour me promener dans la ville et j’ai le plaisir de croiser Michel, Jeannette et Mayie que je croyais bien avoir perdu. Quelle joie ! Une fois de retour à l’hôtel, les Allemands fêtent l’anniversaire de la réunification de l’Allemagne. Ah ! Seigneur ! Mais bon, c’est quand même un bel anniversaire. Je mets mes bouchons et je finis par m’endormir.

Jour 35 – Barbadelo – 22,5 km – Total : 674 km

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Je pars tôt ce matin et il fait encore très noir. Je vois un peu mais sans plus. Lorsque j’arrive à côté d’un entrepôt, j’entend des jappements de chien. Plus j’avance et plus c’est fort. Je regarde à ma gauche et je les vois derrière la clôture mais je me dis, ils sont enfermés. Puis tout d’à coup, entre deux arbres le long de la clôture, j’en vois un qui  va de gauche à droite en soulevant la poussière. Je ne vois que sa silhouette et je vois qu’il a les pieds très écartés comme s’il allait sauter…
 
… Et il saute ! Directement vers moi ! Je suis surpris et je me précipite vers ma droite mais, en raison du poids de mon sac à dos, je tombe par terre. Et il s’approche ! Au même moment, d’autres personnes arrivent dont Michel. Aussitôt, le chien part vers eux et là, je vois qu’il a une chaîne qui le retient. Quelqu’un m’aide à me relever et je m’éloigne. Je vois le chien au travers des lampes frontales, énervé comme un fou, et la poussière qui se soulève. Une image digne d’un film d’horreur. Je tremble comme une feuille. 
 
DSCN2371Je reprends mon chemin mais je suis encore très agitée. Puis ça passe. Je pense à autre chose.

Je croise de beaux petits villages. Les premières bornes indiquant le nombre de kilomètres qu’il reste à faire jusqu’à Santiago sont apparues depuis quelques temps déjà. C’est très pratique et encourageant. Aussi, les sentiers sont beaucoup moins rocailleux et la forêt plus agréable que les longs sentiers rectilignes des dernières semaines. Il y a des chênes énormes et je commence à voir des eucalyptus. Beaucoup de bétail également. Et c’est si vert !

Une fois à l’albergue (construite dans une ancienne école), je me repose un peu puis je cherche quelque chose à manger. Je suis déçue de constater qu’il n’y a rien à des kilomètres à la ronde. Une petite roulotte est installée derrière l’albergue et ils offrent quelques trucs à manger dont le fameux sandwich espagnol. Ce sandwich est composé d’une baguette de pain avec du jambon à l’intérieur.

Point. surprised

Pas de beurre, pas de moutarde, pas de laitue, parfois du fromage et puis rien ! Assez «sec» comme repas. J’ajoute une bière pour le ramollir un peu en mangeant. 

Plus tard, alors qu’il fait très noir, je vois l’hospitaleros refuser plusieurs pèlerins quoiqu’elle ait un salon entièrement vide. Dans d’autres albergues, j’ai vu beaucoup d’hospitaleros sortir des matelas et les étendre partout dans le salon, la cuisine voire les corridors mais ici, elle refuse obstinément. Pauvres pèlerins qui doivent se payer encore plusieurs kilomètres avant de pouvoir se reposer. 

Je me promène dans les rues de campagne. Un tracteur passe avec le cultivateur et sa dame assise à côté de lui. Elle me fait un large sourire que je lui rends. Ce petit geste de gentillesse me fait plaisir et me réjouie, moi qui ai le coeur dans l’eau. Je suis fatiguée et j’ai hâte que le Chemin soit terminé. Je m’ennuie de ma famille et je me sens très seule.