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Jour 34 – Triacastela – 21 km – Total : 651,5 km

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Nuit difficile car le jeune homme qui couchait au dessus de moi a bougé sans arrêt toute la nuit. Je n’en revenais pas. Il n’a pas du dormir beaucoup car il a été couché toute la journée. angry-sick
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Je pars encore quand il fait noir. Je vois bien qu’il y a de gros nuages en bas. Je dis en bas car je suis carrément au dessus des nuages. Je regrette presque de ne pas voir ça mais ce n’est qu’une question de temps car le soleil se lève et je suis toujours au-dessus des nuages. C’est magnifique ! À l’Alto de San Roque, je croise Michel qui me prend en photo devant la statue du pèlerin qui se tient face au vent. Il ne devait pas avoir chaud, dans le temps, avec leurs petites sandales et leurs robes de bure. 

Par contre, une fois dans les nuages, c’est froid. Très froid ! Je m’arrête pour mettre un chandail de plus. Je m’arrête à nouveau pour mettre ma laine polaire. Je m’arrête une troisième fois pour mettre mes mitaines. Dieu ce qu’il fait froid ! Puis tranquillement, le temps s’éclaircie. Je croise un troupeau de chèvre avec leur gardienne loin derrière. J’adore ça !

Voilà finalement Triacastela. Michel, Jeannette et Mayie sont déjà là. Je demande au Français qui est dans leur dortoir (de petits dortoirs à quatre lits) s’il peut changer de place avec moi. C’est que dans mon dortoir, il n’y a que des hommes. Un peu intimidant quand même ! On va tous souper dans un petit restaurant végétarien. Sans le vouloir, pendant le repas, j’accroche mon verre de vin qui tombe sur Jeannette. Je suis terriblement embarrassée. Qu’est-ce que je suis maladroite ! 

Jeannette me rassure en revenant des toilettes et m’affirme que tout est correct, que sa veste ne restera pas tachée. Tout le monde finit par rigoler. Moi beaucoup moins.

Jour 33 – O Cebreiro – 13 km – Total : 630 km

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Une fenêtre est restée ouverte dans le dortoir cette nuit. Au lever, il fait un froid glacial et je n’ose pas sortir de mon sac de couchage. Mais bon, faut y aller ! Une fois dans le village (à la noirceur), je vois de grandes structures qui montent très très haut mais j’ai de la difficulté à deviner ce que ça peut être. Puis j’entends un bruit de camion. C’est une autoroute ! Les piliers de l’autoroute sont plantés en plein milieu du village ! Et c’est à une hauteur vertigineuse. Pauvres gens ! Ils devaient être découragés de voir ça lorsque tout a été fini. Je me demande ce que ça donne en plein jour. J’aurai l’occasion de le voir à plusieurs reprises dans d’autres villages. Un peu plus loin, le paysage commence à changer de façon radicale. Il y a aussi plus de bétail.

Je continue à marcher. C’est difficile et ça monte beaucoup mais il ne fait pas froid et la vue est spectaculaire. Je croise un monument sur lequel il est inscrit «Galicia, diputation provincial Lugo». Et voilà, je suis en Galice, dernière province que je croiserai en Espagne et où est située Santiago. Et ça monte toujours. DSCN2211Au sommet, je me retrouve à O Cebreiro. Je devrais continuer mais je trouve l’endroit si joli que je décide de rester. C’est un village avec des maisons aux toits de chaume. C’est très touristique mais si beau et il y a un refuge de pèlerins, que demander de plus. Dans l’attente que ça ouvre, je fais connaissance avec Michel, Jeannette et Mayie, des Basques de la région de Bayonne.

Après mes préparatifs habituels, je vais sur Internet mais je n’ai aucun courriel. Je me sens vraiment seule au monde. Je m’attendais à ce que tout le monde que je connais m’écrivent durant mon périple mais non. Ça m’attriste.

Au village de La Faba, il m’est arrivé une aventure bizarre. Ces temps-ci, je m’ennuie de Marcel et de mes filles. Je m’ennuie toujours mais ces temps-ci, c’est pire. Donc, à La Faba, je m’arrête pour manger un truc. Je vois un peu plus loin un artisant qui expose ses affaires. Je m’approche pour constater que ce sont des colliers et des bracelets. J’en ai vu plein sur le Chemin et je n’ai jamais été tenté de m’acheter quoi que ce soit. Mais ceux-ci attirent beaucoup mon attention. Je finis par prendre un collier avec une pierre brunâtre. Elle me fait beaucoup d’effet. Je demande à l’artiste de le mettre à mon cou puis je pars. Et tout d’à coup, je me retourne et demande à l’artiste comment il s’appelle. Il me réponds : «Marcel».

Sur le coup, je pense qu’il blague, qu’il dit ça parce qu’il sait que Marcel me manque puis je réalise que c’est ridicule, qu’il ne peut rien savoir de tout ça. Je reste là à le regarder et lui se demande ce qui m’arrive. «Merci ! Merci beaucoup !» que je lui réponds et je m’en vais. Quelle histoire ! Comme si Marcel voulait me dire, par cet homme, voilà je t’offre ce collier pour que tu penses à moi et pour t’encourager à continuer.

Assis devant l’albergue à O Cebreiro, je me rappelle cette histoire et je suis encore impressionnée. Je suis aussi impressionnée par le paysage spectaculaire que j’ai devant moi. Comme il n’y a pas un nuage dans le ciel, la vue que nous offre ce promontoire est tout simplement magique.

J’ai demandé à Michel, Jeannette et Mayie si je peux me joindre à eux pour le souper et ils ont gentiment acceptés. Nous nous retrouvons dans un beau restaurant et discutons de tout et de rien. Ils sont vraiment très sympathiques.

Jour 32 – Vega de Valcarce – 25 km – Total : 617,5 km

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Départ à la noirceur. Et c’est pas chaud. Je me tape un bon 25 km. Je suis franchement très contente de moi. Il faut dire qu’après 32 jours, mes jambes semblent décidées à me laisser tranquille. Elles ont compris que même si elles me font des malheurs, je vais marcher quand même. happy

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Le chemin est encore très beau. Il faut dire que la Galice n’est pas loin. Il y a de grands vignobles partout et je longe de belles rivières. Je suis encore et toujours seule pour marcher. J’aime bien.

Mon «Miam-Miam Dodo» me conseille une albergue brésilienne. Une fois devant, je ne suis pas rassurée mais bon, on va voir. J’ai pris la bonne décision car à l’intérieur, c’est sensationnel. La musique brésilienne et la chaleur du décor finissent de me convaincre. Il n’y a pratiquement personne dans le dortoir. Je prends une bonne douche à l’eau très chaude. Ahhhhh !

À l’extérieur, il y a des hamacs et une belle terrasse. Je regarde les pèlerins qui passent droit devant ce beau refuge uniquement en raison de son apparence extérieure. Quel beau séjour ils ratent. J’apprendrai d’ailleurs plus tard que l’autre refuge était très ordinaire. J’aurai aussi droit au souper brésilien fait par l’hospitaleros, une brésilienne qui parle français et qui est vraiment très amusante.

Le souper est très bon et tout le monde a du plaisir. Finalement, un ou deux autres pèlerins seulement viendront se joindre à nous alors le dortoir est pratiquement vide. Ça ne ronflera pas beaucoup cette nuit !

Jour 31 – Cacabelos – 15 km – Total : 592,5 km

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On se fait pratiquement mettre dehors ce matin. Il faut être sorti à 8h00. Ça a fini par nous faire rire. Faut dire qu’on niaisait un peu.

On comprend quand l’hospitaleros nous raconte que des pèlerins restent parfois dans les lits jusqu’à 9h00 s’ils ne les bousculent pas. Ils doivent ensuite désinfecter toutes les chambres et les lits (et il y en a près d’une centaine) après le départ des pèlerins. Ils réussissent tout juste à terminer avant l’arrivée des autres pèlerins. Et je rappelle que ces personnes sont des hospitaleros c’est-à-dire d’anciens pèlerins qui viennent faire ce travail durant leurs VACANCES ! Quelle générosité ! Je fais mes adieux à Louise et Rolland et on promet de s’écrire. Je passe à côté du château des Templiers mais comme il fait noir, je le vois beaucoup moins bien que la veille.

Me voilà maintenant dans le sentier. Le chemin est très beau, encore et toujours. C’est la saison des vendanges et les ouvriers sont dans les champs. Ils chantent et ils rient. Malgré toute cette beauté, j’ai une journée d’écoeurite aigüe et je m’arrête à Cacabelos. Comme je sais que j’arriverai à temps à Santiago, je décide de prendre une journée relaxe.

DSCN2111Le refuge entoure une église et il n’y a pas de salle commune. En fait, la salle commune est extérieure. Un peu plus tard, Pierrette et Ginette arrivent à leur tour et ensuite Marina. Il y a aussi des Québécois dont une personne qui fait partie de l’organisation «Du Québec à Compostelle». Yves ou Yvon je crois.

Pierrette, Ginette, Marina et moi allons faire une randonnée dans la ville et, quel bonheur, on trouve un restaurant type «fast-food» et on mange des frites avec du ketchup ! Mieux encore, la serveuse parle français ! La totale !

Je fais chambre avec une jeune fille du Danemark. Elle a acheté ses billets de train pour le retour avant de partir de Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle constate maintenant qu’elle n’arrivera jamais à temps pour son train et essaie désespérément de changer la date mais elle ne réussit pas à communiquer avec l’entreprise par téléphone et l’ordinateur de l’albergue est en panne. Je constate que, comme beaucoup de pèlerins, elle a planifié faire son Chemin dans un trop court laps de temps. Parfois, il y a un délai à respecter qu’il est impossible de modifier mais quand c’est possible (comme cette jeune fille), il est préférable de ne rien acheter (en terme de transport) avant quelques jours de l’arrivée.

Jour 30 – Ponferrada – 16,5 km – Total : 577,5 km

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Petit-déjeuner «Pain-confiture d’abricot-pas de beurre-pas de jus». Je pars à 7h30 et la descente recommence. Je m’y attendais mais je n’aime pas ça pour autant. C’est très dur. Quelques accalmies seulement sinon, de la descente constante.DSCN2079

J’arrête en chemin dans une pharmacie pour avoir de la vaseline pour me mettre sur les pieds. J’espère trouver de la vaseline comme au Québec mais il n’y en a pas. Ici, elle est translucide et moins épaisse. J’ai l’impression qu’elle pénètre dans la peau plutôt que de rester en surface et prévenir le frottement. D’ailleurs, j’avais moins d’ampoules au début et je pense que c’était grâce à mon tube que j’avais apporté du Québec. Quand je pense que je trouvais Marcel Leboeuf bizarre, dans son DVD sur Compostelle, quand il racontait qu’il se mettait ça sur les pieds…

Voilà enfin Ponferrada que je vois de loin. Lorsque j’arrive dans la ville, un homme sort de sa cour et me donne une énorme grappe de raisins en souriant et en me parlant espagnol à toute vitesse. Je regarde la grappe, je le regarde et j’y vais à fond dans les «Muchas gracias Señor, muchas gracias !». Je n’en reviens pas. Je vais me mettre à chialer, c’est certain. Mais non, je ravale et je pars en dévorant les raisins qui sont délicieux.

Me voilà maintenant au refuge, fort joli d’ailleurs. Je rencontre Louise et Rolland (avec 2 «L»; c’est ce qu’il dit quand il se présente). Ils REVIENNENT de Santiago et s’en vont vers Saint-Jean-Pied-de-Port. Ils ont d’abord fait le Chemin d’Arles. Ils m’épatent. Il y a aussi Pierrette et Ginette, deux filles de Chicoutimi. Après s’être installées, nous allons, Pierrette et moi, vagabonder dans la ville pour voir le château des Templiers. Puis brusquement, au coin d’une rue, il nous tombe dessus. Wow ! Quel bâtiment impressionnant ! Quelle belle oeuvre architecturale !

Et c’est énorme ! On vient juste de rater la visite et le château est fermé. Mais bon, ce n’est pas grave, au moins on l’a vu. On traine dans la ville dans l’espoir de trouver un restaurant mais rien ne fait notre affaire. On finit par se «garocher» dans la crème glacée. On revient en riant de nous-mêmes.

Dans notre petit dortoir, il y a Ginette et Pierrette, Marina et moi et deux Allemandes. C’est tranquille.

Jour 29 – El Acebo – 16,5 km – Total : 561 km

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Départ pour une belle montée qui m’amène à la «Croix de fer», endroit mythique du Chemin. La tradition veut que l’on dépose à cet endroit une pierre qui nous représente. En fait, le principe est de traîner sur soi une pierre durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois et, chaque fois que notre attitude n’est pas convenable (attitude de colère, de jalousie, d’envie, de médisance, etc), serrer cette pierre pour y introduire nos mauvais comportements. Une fois à la Croix de fer, le fait de déposer la pierre à cet endroit devrait nous débarrasser de tout ça. Naturellement, il faut y croire.DSCN2022

Je dépose soigneusement ma pierre pleine de mauvaises habitudes en espérant que la légende est vraie. Je suis émue. Il y a là de très grosses pierres. J’espère que personne n’a traîné ça sur le Chemin…

Je continue à monter. Ce qu’il fait froid ce matin. J’ai mes mitaines et deux ou trois chandails mais je gèle. Une fois sur le haut de la montagne, l’homme japonais qui traine son ordinateur portable accepte de me prendre en photo. Je lui offre de le prendre en photo avec sa dame avec son appareil mais il ne veut pas du tout. Il a un appareil énorme qui doit coûter assez cher.

Par la suite, c’est la descente. Très en longueur et très abrupte. J’haïe ça descendre. Ouille ! Ouille ! Mon genou. Puis tout à coup, une vision magnifique s’offre à moi. À flan de montagne, un petit village s’accroche. C’est El Acebo. Lorsque j’y entre, je me dis qu’aucune voiture ne peut venir ici mais non, il y en a ! Toutes petites mais quand même, il y en a ! Je décide de m’installer à l’«albergue paroquial» (l’auberge paroissiale) qui est tenue par un français, le temps de ses vacances. J’y rencontre Danielle, une fille d’Ottawa qui a reçu la visite des punaises dans un autre refuge qui était pourtant très propore me dit-elle. Comme elle est allergique, ses plaies se sont infectées et elle est très mal en point. Mais elle prend ça en riant et me dis que le pire est passé maintenant. Je visite un peu le village qui est très beau, presque médiéval. On voit les vallées de chaque côté et Ponferrada, minuscule point à l’horizon. Nous ne sommes que 4 ou 5 dans l’albergue et je me dis que ça sera bien tranquille.

Pas vraiment. Onze Allemandes arrivent avant le souper. Elles font le Chemin ensemble. Ouf ! Ça ne doit pas être facile. Déjà qu’à deux, j’en vois souvent qui discutent fort de l’endroit et de l’heure de s’arrêter, la distance à faire le lendemain, où aller manger, etc. Qu’est-ce que ça doit-être compliqué à onze !

Alors que Danielle et moi sommes assises dans la salle à manger à discuter, l’hospitaleros nous apporte des couteaux, des planches et des légumes et nous met à la tâche pour le repas du soir. Au souper, nous sommes avec Andrea que je rencontre régulièrement sur le Chemin. C’est elle qui s’était occupée du viel  homme qui s’en allait marcher en fin de journée à Villafranca Montes de Oca. Elle nous raconte qu’elle marche pour essayer de calmer sa peine concernant son père qui s’est suicidé il y quelques années. Seigneur ! Au début du Chemin, je me rappelle qu’elle avait de grosses plaies aux hanches à cause de son sac à dos. Elle ne doit pas avoir 30 ans. Pauvre petite.

Jour 28 – Rabanal del Camino – 20 km – Total : 544,5 km

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Ce matin, l’hospitaleros nous réveille par un «Buenos Dias» tonnitruant. Il faut quitter afin qu’il prépare l’albergue pour les pèlerins qui s’en viennent. Je pars vers 8h30. Tu parles d’une heure pour partir !

Le chemin est sublime. Fini la grande route. De plus, il fait encore très beau. J’ai une nouvelle ampoule au pied droit mais comme je l’ai bien soignée et bien emballée, elle ne me fait pas trop souffrir.

En chemin, à l’entrée d’un village, un homme fait des bâtons de marche qu’il donne aux pèlerins qui en demande. Si on veut, on donne quelque chose sinon rien du tout. C’est gratuit ! Il me parle en Espagnol et je ne comprends rien. Je lui dit «No habla espagnol !» mais il continue à parler quand même. Il a sur sa casquette tout un tas d’épinglettes dont une du Canada et une de la ville de Québec. C’est amusant. À la sortie de ce village, une pèlerine tente tant bien que mal de manger son dîner, assise sur un banc. Elle est envahie par les chats qui voudraient bien avoir un petit morceau. Ils ne sont pas méchants ni agressifs mais la dame n’aime pas les chats. L’image est un peu cocasse. happy-wink

Je prends beaucoup de photos de belles maisons dans les villages ou de paysages surprenants sur le Chemin. Je m’arrête dîner dans un bel endroit spécialement aménagé pour les pèlerins. Il y a là Abraham, un Africain du Sud et Marina, la Suissesse connu à Azofra. Comme Marina parle un peu français, elle me traduit ce que dit Abraham. Il s’étonne que je ne parle pas anglais car je viens du Canada. Il me parle d’une femme qu’il a connu sur le Chemin et qui venait d’Ontario. Je lui demande si elle parlait français et il me dit que non. Je lui demande si ça l’a étonné et il me répond «Non, pourquoi ?».

«Pour rien !». Mouais, que je me dis…

DSCN2002-copie-1J’arrive à Rabanal del Camino. Super beau village. Super belle albergue. Super beau trajet. Super beau paysage. La totale ! Le refuge «Nuestra Señora del Pilar» a un petit bar, une salle à manger extérieure et une intérieure ainsi qu’un beau grand dortoir. Ma «gang» est là soit Marthe, Michelle, Monique, Claude et Bobby. Jean-Michel et Khira sont dans un autre refuge du même village. Jacques et Monique ont pris de l’avance pour arriver rapidement à Santiago car par la suite, ils partent en voiture et visitent l’Espagne.

La nourriture est excellente et l’ambiance agréable. Je rencontre un pèlerin de longue date que tout le monde connaît ici. Il est constamment sur le Chemin. Je me fais prendre en photo avec lui.

Je m’installe pour écrire ma lettre quotidienne. Un couple de japonais s’assied près de moi et l’homme sort de son sac à dos… son ordinateur portable ! Ayoye ! Ça doit peser une tonne !

Nous allons ensuite visiter le village et quelques-uns assistent à une messe grégorienne. Il y a un monastère dans le village qui accueille les pèlerins. Par contre, il faut y rester au moins deux jours et c’est un endroit qui privilégie le calme et la méditation.

Nous finissons notre journée par un bon repas au restaurant. J’ai maintenant fait 545 kilomètres. feeling-loved

Jour 27 – Astorga – 26,5 km – Total : 524,5 km

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Je ne sais ce qu’il y a dans l’air ce matin… Un grand groupe de pèlerins se lève à 5h00 pour partir. L’Allemand à côté de moi est très fâché de tout ce boucan ! Je pars à 7h30 et je m’égare dans le village. Une fois sur le bon chemin, je me retrouve un peu plus loin avec le choix entre deux chemins; longer encore la N120 ou prendre la campagne. Je choisis la campagne.

Au départ, tout va bien. De grands champs de pommes de terre, je me crois presque dans mon village. À Hospital de Orbigo, je m’arrête pour déjeuner dans un hôtel. Il y a beaucoup de touristes qui déjeunent eux aussi. À un moment donné, l’un deux me parle en français et me demande si je suis canadienne (j’ai un drapeau du Québec et un autre du Canada sur mon sac à dos). Je réponds par l’affirmative et aussitôt, je suis entourée par une nuée de touristes de l’Ouest Canadien qui me posent un paquet de questions (via l’interprète) à propos du Chemin.

  • Est-ce que je couche dans les grands dortoirs ?
  • Est-ce que je marche depuis Saint-Jean-Pied-de-Port ?
  • Qu’est-ce que je mange ?
  • Est-ce que c’est vrai que les douches sont mixtes parfois ?
  • Est-ce que c’est difficile ?

Eux aussi font le Chemin mais en autobus et marchent (s’ils le veulent) de petits bouts, entre 5 et 10 kilomètres et couchent à l’hôtel. Tout est organisé. Je trouve que c’est bien pour ces personnes qui ne pourraient pas faire le Chemin sinon, surtout en raison de leur mobilité réduite.

Je reprends le Chemin. Je marche de village en village, toujours très beau. Après quelques temps, le chemin se transforme en petites descentes abruptes et rocailleuses. Ça devient éprouvant. Je ralentis l’allure car je commence à avoir mal aux genoux. Je rencontre Michelle et Monique qui viennent de terminer leur dîner. Elles souffrent toutes les deux des genoux elles aussi. Je fais un bout avec elles.

Je cherche un coin pour dîner à mon tour. Je vois un bel arbre un peu en retrait et je décide de quitter les filles pour aller m’y installer et avoir un peu d’ombre. Mal m’en pris car une fois assise avec mon dîner sur les genoux, je vois qu’il y a plein de bardanes (appelés plus communément «toc» au Québec) tout autour de moi. Mais je me résigne à rester car de toute façon, je n’ai pas d’ombre nulle part ailleurs. Je mange vite et finalement, je ne me repose pas beaucoup.DSCN1954

Le pire dans l’histoire c’est qu’une fois repartie, je fais à peine un demi-kilomètres pour constater qu’il y a un bel endroit pour pèlerin avec tables et ombre à souhait. Mautadit ! depressed

Je continue mon chemin avec mes genoux qui me crient d’arrêter. Mais comme ce chemin réserve toujours de belles surprises, quand j’arrive à l’albergue, c’est super beau, super confortable et avec de tous petits dortoirs. Dans le mien, nous ne sommes que des filles. Je fais connaissance avec Marina, une jeune Suisse qui est toute mélangée après avoir fait la connaissance d’un Espagnol (qui a laissé le chemin pour retourner chez lui) de qui elle s’est entichée. Elle se pose plein de questions.

Je me douche et je pars en visite. Une fois dans les Crocs, les pieds me font moins souffrir et les genoux sont déjà mieux. Je constate que la ville est ceinturée de murailles et, comme dans la plupart des villes espagnoles, il y a une «playa mayor» où tout le monde se rassemble avant le souper.

Avant de partir pour faire le Chemin de Compostelle, j’avais consulté beaucoup de documentation et il y avait des lieux que je voulais visiter dont le palais Gaudi dit le « palais des papes », ici à Astorga. Et m’y voici. Je l’ai là devant moi, joyaux architectural qui me laisse sans voix. Je suis assise sur un banc et je l’admire. Il y a également la cathédrale, juste à côté, qui n’est pas en reste.

De retour sur la playa Major, j’entends quelqu’un qui m’interpelle. Ce sont Monique et Michelle qui prennent un rosé et m’invitent à me joindre à elles. Nous allons souper ensemble. Quelle belle journée !

Jour 26 – Villangos del Paramo – 20,5 km – Total : 498 km

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Quel chemin ennuyant et laid aujourd’hui. Je longe la grande route tout le temps. C’est bruyant, ça sent mauvais et ce n’est pas très beau. Mais bon, c’est aussi ça le Chemin. J’arrête manger et je retrouve tout mon groupe habituel DSCN1899qui est en train de dîner. Notre ami pèlerin qui est Jésuite est là. Je le regarde attentivement et me demande ce qui a pu l’amener à prendre la décision de joindre ce groupe.

Au restaurant, je demande un sandwich et un Coca Light et je vais m’asseoir avec mon plat. Je reste au resto une bonne heure à regarder mes plans et mon guide. Quand vient le temps de partir, je me rappelle que je n’ai pas payé. Je retourner à l’intérieur et mon serveur a été remplacé. Je dis au monsieur que je n’ai pas payé et il me demande ce que j’avais commandé. J’aurais pu dire n’importe quoi, j’aurais même pu m’en aller sans payer mais en Espagne, c’est comme ça. Ils sont très confiants qu’on va être honnête. C’est assez spécial.

Une fois au village, je suis déçue de constater que c’est assez moche. C’est quasi abandonné. L’albergue n’est pas si mal. Tout mon monde est là. On trouve quand même une petite épicerie puis un restaurant. Après le souper, rien à faire ici sinon se coucher. Je passe une nuit très agitée. J’ai mal aux jambes et aux hanches. J’ai trop mangé et il y a trop de bruit. Oh là là….

Jour 25 – León – 18,5 km – Total : 477,5 km

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DSCN1880-copie-1Petite mésaventure ce matin. Après avoir fait plusieurs kilomètres, je m’arrête dans un bar pour mon lunch du matin. J’en profite pour vérifier dans quelle albergue je peux aller à León. Horreur ! Je ne trouve plus mon «Miam-miam Dodo». surprised

J’ai plein de notes dans ce livre et il m’est très précieux. En réfléchissant, je me souviens que le matin, je l’ai mis sur mon lit pour pouvoir le mettre dans un filet sur le côté de mon sac, ce que je n’ai jamais fait. Je décide de retourner à l’albergue et je souhaite de tout coeur que les hospitaleros ne l’aient pas jeté.

Et non, il est toujours sur mon lit. tired

Alors que cette journée devait être une courte étape, j’aurai quelques kilomètres de plus au compteur en raison de cette bourde. De plus, pour la première fois depuis que je suis sur le Chemin, il pleut. Heureusement pas une grosse averse mais de la pluie quand même. Et le chemin est très moche. Je longe la route presque tout le long. De plus, je regrette de ne pas être partie avec Luc. J’espère le retrouver en chemin. Une fois à León je décide de me faire un cadeau et je me prends une petite chambre. Ah ! Un bain ! Ah ! De l’eau chaude ! Ah ! Un lit pour moi toute seule ! Ahhhhhh !

Je marche dans la ville qui est très belle. Devant l’hôtel, il y a une grande avenue pour les piétons seulement. Naturellement, tous les magasins sont fermés car il est 14h00. Toute l’Espagne dort entre 14h00 et 17h00 ou 13h00 et 16h00, ça dépend des villes. Un peu plus tard, je trouve un restaurant arabe qui fait des Shish Kebab. Cool ! Je me paye une superbe assiette. Je continue ma visite et je finis par tomber sur Marthe, Jean-Michel, Claude et Bobby. Je leur raconte où je suis allée manger et Claude veut absolument manger elle aussi des Shish Kebab. En route vers le restaurant, on croise Monique et Michelle qui viennent aussi avec nous. Nous voilà tous attablés dans le restaurant où nous sommes les seuls clients (il est très tôt). Le jeune patron est un peu débordé.

Je quitte ensuite le groupe et je retourne dans ma petite chambre et je regarde la télé. C’est l’fun mais en même temps, je suis toute seule. Un côté l’fun, un côté plate…