Jour 33 – O Cebreiro – 13 km – Total : 630 km

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Une fenêtre est restée ouverte dans le dortoir cette nuit. Au lever, il fait un froid glacial et je n’ose pas sortir de mon sac de couchage. Mais bon, faut y aller ! Une fois dans le village (à la noirceur), je vois de grandes structures qui montent très très haut mais j’ai de la difficulté à deviner ce que ça peut être. Puis j’entends un bruit de camion. C’est une autoroute ! Les piliers de l’autoroute sont plantés en plein milieu du village ! Et c’est à une hauteur vertigineuse. Pauvres gens ! Ils devaient être découragés de voir ça lorsque tout a été fini. Je me demande ce que ça donne en plein jour. J’aurai l’occasion de le voir à plusieurs reprises dans d’autres villages. Un peu plus loin, le paysage commence à changer de façon radicale. Il y a aussi plus de bétail.

Je continue à marcher. C’est difficile et ça monte beaucoup mais il ne fait pas froid et la vue est spectaculaire. Je croise un monument sur lequel il est inscrit «Galicia, diputation provincial Lugo». Et voilà, je suis en Galice, dernière province que je croiserai en Espagne et où est située Santiago. Et ça monte toujours. DSCN2211Au sommet, je me retrouve à O Cebreiro. Je devrais continuer mais je trouve l’endroit si joli que je décide de rester. C’est un village avec des maisons aux toits de chaume. C’est très touristique mais si beau et il y a un refuge de pèlerins, que demander de plus. Dans l’attente que ça ouvre, je fais connaissance avec Michel, Jeannette et Mayie, des Basques de la région de Bayonne.

Après mes préparatifs habituels, je vais sur Internet mais je n’ai aucun courriel. Je me sens vraiment seule au monde. Je m’attendais à ce que tout le monde que je connais m’écrivent durant mon périple mais non. Ça m’attriste.

Au village de La Faba, il m’est arrivé une aventure bizarre. Ces temps-ci, je m’ennuie de Marcel et de mes filles. Je m’ennuie toujours mais ces temps-ci, c’est pire. Donc, à La Faba, je m’arrête pour manger un truc. Je vois un peu plus loin un artisant qui expose ses affaires. Je m’approche pour constater que ce sont des colliers et des bracelets. J’en ai vu plein sur le Chemin et je n’ai jamais été tenté de m’acheter quoi que ce soit. Mais ceux-ci attirent beaucoup mon attention. Je finis par prendre un collier avec une pierre brunâtre. Elle me fait beaucoup d’effet. Je demande à l’artiste de le mettre à mon cou puis je pars. Et tout d’à coup, je me retourne et demande à l’artiste comment il s’appelle. Il me réponds : «Marcel».

Sur le coup, je pense qu’il blague, qu’il dit ça parce qu’il sait que Marcel me manque puis je réalise que c’est ridicule, qu’il ne peut rien savoir de tout ça. Je reste là à le regarder et lui se demande ce qui m’arrive. «Merci ! Merci beaucoup !» que je lui réponds et je m’en vais. Quelle histoire ! Comme si Marcel voulait me dire, par cet homme, voilà je t’offre ce collier pour que tu penses à moi et pour t’encourager à continuer.

Assis devant l’albergue à O Cebreiro, je me rappelle cette histoire et je suis encore impressionnée. Je suis aussi impressionnée par le paysage spectaculaire que j’ai devant moi. Comme il n’y a pas un nuage dans le ciel, la vue que nous offre ce promontoire est tout simplement magique.

J’ai demandé à Michel, Jeannette et Mayie si je peux me joindre à eux pour le souper et ils ont gentiment acceptés. Nous nous retrouvons dans un beau restaurant et discutons de tout et de rien. Ils sont vraiment très sympathiques.