Jour 40 – Santiago – 23 km – Total : 788,5 km

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Malgré mon beau petit coin de paradis à l’albergue, j’ai mal dormi car j’ai eu très mal aux jambes et aux hanches. Aussi, il a plu des cordes et je l’entends encore tomber fortement ce matin. En regardant dehors, c’est le constat; il pleut à boire debout. Bon ben, il ne sera pas dit que je m’en sortirai avec seulement une journée de mauvais temps.

Donc, je sors l’artillerie lourde; l’imperméable, les guêtres et la couverture imperméable pour mon sac à dos. Après un bon déjeuner, j’enfile tout ça et je pars. Il est 9h00. Un record. Mais je ne m’inquiète pas pour la place dans le prochain refuge car, si je ne me rends pas à Santiago, c’est «Montes del Gozo» où il y a 800 places ! Il en restera bien une en fin de journée !

Je décide de prendre mon temps pour bien profiter du peu qu’il me reste à faire et aussi en raison de la pluie. Soudainement, peu avant midi, elle s’arrête. Je n’aurais jamais cru tellement c’était partie pour durer. Il faut croire que quelqu’un, quelque part, a décidé de me rendre la vie plus facile. Il fait maintenant beau soleil et la route n’est pas trop détrempée. Je me sens tout drôle d’avoir fait tout ce chemin. J’ai tellement voulu abandonner souvent et me voilà à moins de 25 kilomètres de Santiago. Mais mes pieds ne me laisseront pas tranquille. depressed

Depuis de nombreuses années, j’ai de la difficulté avec mon pied gauche. De temps à autre, mon petit orteil se désarticule et la douleur est fulgurante quand je pose le pied par terre. Je remets l’articulation en place et tout s’arrange.

Donc en ce moment, comme j’ai fait un bandage un peu trop gros pour mon ampoule, celui-ci «pousse» sur l’articulation en question et la fait sortir. Je dois me déchausser, remettre l’articulation en place et je peux repartir. Mais quelques kilomètres plus loin, c’est pareil. Le choc est terrible ! Quand ça m’arrive, la douleur se projette jusqu’à ma colonne vertébrale et je change de couleur !

Je décide d’enlever le bandage. Advienne que pourra ! Ahhhh ! Enfin le calme. Ça chauffe un peu mais c’est supportable. Je rencontre une pèlerine d’Argentine, Maria- Belén et son mari Gabriel. Elle parle français. On se rend ensemble jusqu’à Montes del Gozo et on prend des photos. Je trouve l’endroit magique mais comme je vois Santiago au loin, l’appel est trop fort. Je décide de continuer.

Quoique Santiago soit très près, Santiago est aussi très grand alors je marche encore plusieurs kilomètres. Je marche sans m’arrêter, comme transportée par je ne sais quoi. Je fini par ne plus ressentir aucun mal. Je suis très excitée. Je pense que demain, je ne marcherai pas. La première fois depuis 40 jours. Je pense qu’à Burgos, je voulais abandonner, qu’à León, je voulais abandonner. Je pense que quelques jours avant de partir du Québec, je me demandais quelle idée de fou j’avais eu là. Déjà là, je doutais de moi.

Pourtant, durant ces 40 jours, rarement j’ai pensé «Demain, je ne marche pas». Chaque fin de journée était très difficile mais chaque matin, j’avais une énergie que je n’aurais jamais pensé retrouver.  Je me souviens qu’une fois, Marcel m’avait écrit que si c’était trop difficile, je n’avais qu’à laisser tomber et voyager en Espagne en attendant qu’il arrive au Portugal. Je l’avais trouvé très attentionné de m’offrir cela mais pour moi, c’était impensable.

Je marche encore dans Santiago. Je ne regarde pas beaucoup la ville car je suis concentrée sur les flèches jaunes, typiques du Chemin, qui ne sont pas faciles à trouver.  Puis la ville vieillit progressivement. Les rues sont maintenant pavées et les édifices datent de quelques siècles. Elle attire maintenant mon regard. Je me dis : «Francine, tu es à Santiago !» et j’ai la gorge serrée.

Et puis je vois la cathédrale ! Je vois les clochers. Je marche plus vite mais il y a tellement de petites rues. Après quelques minutes, je vois devant moi l’entrée vers la grande place. J’arrive par l’arrière, à droite de la cathédrale. C’est un des plus beaux moments de ma vie ! Je continue et puis voilà ! Je suis sur la grande place et je suis devant la cathédrale. Il fait un temps superbe et je la contemple dans tout sa splendeur. Elle est sublime ! Quel moment magique ! Beaucoup d’autres pèlerins sont déjà là et il en arrive encore après moi. Certains sont comme moi, plantés là sans rien dire. D’autres sont assis par terre, en plein recueillement. D’autres encore s’enlacent, se félicitent et pleurent.

C’est un moment émouvant et plusieurs sentiments se manifestent en même temps. L’émotion est grande. Je finis par m’asseoir et je me prends en photo pour me rappeler ce moment magique.

Je cherche des yeux des pèlerins que je connaîs mais je ne vois personne pour le moment. Il y a par contre beaucoup de touristes et ils nous prennent en photo. C’est rigolo. Je reste là une trentaine de minutes puis je quitte pour me trouver un endroit pour dormir et pour aller chercher ma «Compostela», document qui atteste que j’ai fait le Chemin. Je marche sans détacher mon regard de la cathédrale, le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

J’AI RÉUSSIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII  ! laughing

Une fois ma chambre trouvée et ma Compostela en main, je retourne sur la «Plaza do Obradoiro» et je rencontre Marthe. Yes ! Super ! Fantastique ! Mon bonheur est maintenant complet. Je retrouve ensuite Bobby et Claude. La totale ! Nous allons souper ensemble et nous croisons constamment des pèlerins rencontrés sur le Chemin.

La joie est à son paroxysme dans les yeux de tous et chacun.

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