Mon expérience en 2008

Comment j’ai trouvé l’expérience de faire le Chemin de Compostelle ?

Fantastique ! Oui, j’ai beaucoup souffert. Oui, j’ai pleuré. Oui, j’ai eu des moments difficiles mais le négatif compte pour 15% du voyage alors que le positif compte pour le reste.

Par contre, faire le Chemin de Compostelle, ce n’était RIEN de ce à quoi je m’attendais. J’ai lu sur le sujet, j’ai rencontré d’anciens pèlerins, j’ai vu des DVD et quoi encore. Malgré tout, c’est complètement différent de ce que j’imaginais. Chacun fait son Chemin.

Le plus formidable, c’est que le Chemin, c’est la liberté ! Mes responsabilités se limitaient aux quelques articles que je traînais dans mon sac et que je devais m’assurer de ne pas perdre (ça, c’est tragique !). La liberté de se lever et se coucher quand on veut, la liberté d’aller où on veut (enfin presque, faut quand même rester sur le Chemin), et avec qui on veut. Les paysages sont magnifiques et changent tous les jours. Les sentiers, les forêts, les villes et villages sont tous superbes et surprenants. Le changement de culture et de langue n’est pas une barrière et les Espagnols sont accueillants.

Mais le plus beau cadeau qu’offre le Chemin, ce sont les rencontres qu’on y fait. Quelles personnes fantastiques j’ai connu durant ces six semaines !

Tous, sans exception, j’espère les revoir un jour.

Avec qui ai-je fait le Chemin ? De quoi suis-je le plus fière ?

J’ai toujours marché seule. C’est ce que je préférais. Je pouvais aller à mon rythme et avoir plus de liberté. Je n’ai eu aucun pépin (mis à part une petite peur avec un chien) même si j’étais seule et même si je suis une femme. Je marchais souvent le matin alors qu’il faisait noir (sans nécessairement utiliser ma lampe frontale) et pourtant, rien ne m’est arrivé. Jamais.

Par contre, il est très important de savoir créer des liens lorsque la journée est terminée. Je ne suis pas une personne timide et j’ai de la facilité à aller vers les gens. Je n’ai pas hésité, lorsque je me suis retrouvée seule, à aller à une table où les gens parlaient français et à leur demander si je pouvais me joindre à eux. J’ai toujours été très bien accueillie.

Je suis fière de plusieurs choses. La première, c’est d’avoir terminé le Chemin, bien évidemment, mais aussi je suis fière d’avoir marché malgré la douleur, la fatigue et les « blues » qui m’envahissaient. Je suis un peu «lâcheuse» dans la vraie vie et sur le Chemin, j’ai chialé mais j’ai continué.

Je suis fière de mon attitude. J’ai aidé quand on a eu besoin de moi. J’ai été respectueuse envers les autres pèlerins. Je n’ai pas cherché à prendre toujours le meilleur (les places dans les dortoirs, dans les restaurants, etc).

Je suis fière aussi d’avoir tenu méticuleusement mon journal qui me permet aujourd’hui de vous écrire tout ça et de me remémorer de si beaux souvenirs.

Qu’est-ce que j’ai moins aimé sur le Chemin ?

Les pèlerins qui font sonner leurs cellulaires (portables en Europe) le matin ou qui se lèvent à 5h00 du matin.
Le chemin devrait se faire comme ça vient, sans se condamner à pareil outil (le portable) associé, selon moi, au travail !  Et que dire des excités qui se lève alors qu’il fait complètement nuit. J’ai TOUJOURS eu de la place dans les refuges alors il est inutile de partir si tôt par crainte de coucher dehors. Et si je me suis parfois levée à 5h00 du matin, c’est qu’il y avait tellement de bruit dans le dortoir qu’il était impossible de dormir.

Les pèlerins qui se couchent à des heures indues et ne respectent pas les autres en entrant dans le dortoir, ceux qui s’accaparent tous les séchoirs à vêtement, ceux qui ne lavent pas leurs vaisselles.
Il faut savoir respecter ceux qui se couchent tôt. Ces pèlerins peuvent être plus mal en point que les autres. Pour les séchoirs, il n’y en a parfois que 3 ou 4 et il arrive qu’un seul pèlerin en prenne un à lui tout seul alors qu’il y a 30 personnes dans le refuge. Quel égoïsme ! Aussi, dans les cuisines, certains pèlerins (parce qu’ils veulent manger chaud) laissent leurs casseroles sales sauf que les autres pèlerins en ont aussi besoin et tout de suite.

La malpropreté sur certains sentiers. En Castille surtout. La Galice, quant à elle, est très propre.
En Castille, il y a des déchets partout, surtout dans les rares endroits ombragés où on aimerait s’arrêter pour se reposer. Et ces endroits sont aussi les endroits où des pèlerins s’arrêtent pour faire leurs besoins alors qu’ils ne devraient pas. Les Galiciens, quant à eux, ont un processus de ramassage des ordures sur les sentiers mais pas en Castille.

Les pèlerins qui «chipent» chez l’habitant ou brisent sur le Chemin.
J’ai vu des pèlerins prendre des fruits ou des légumes dans les potagers privés. J’en ai vu d’autres arracher des grappes de raisin aux vignes pour les jeter ensuite parce que ça ne leur plaisait pas. J’ai aussi vu des pèlerins tenter d’arracher des pièces sur les balises du Chemin, pour se rapporter un souvenir j’imagine. Si les pèlerins font ça, le pèlerin qui suit, comment saura-t-il ou aller ?

Je suis fière de n’avoir rien pris aux Espagnols et de ne leur avoir rien laissé. J’ai toujours trainé mes ordures pour les jeter au prochain village. Les seules choses que j’ai laissées c’est «vous savez quoi» et encore, jamais sous le seul arbre à des kilomètres à la ronde!

J’ai parfois remarqué le regard haineux d’Espagnols envers les pèlerins. Il faut les comprendre si les pèlerins se comportent de cette manière. Et cette attitude va tuer le Chemin.

Les pèlerins qui malmènent les hospitaleros.
J‘ai vu une pauvre femme se faire enguirlander par un pèlerin parce qu’il n’aimait pas le dortoir qu’on lui avait assigné (trop près des douches). Les hospitaleros sont des bénévoles, ex-pèlerins, qui viennent travailler dans les refuges durant leurs VACANCES. Je n’ai aucun reproche à faire sur les refuges. Même si j’ai pris ma douche  à l’eau froide. Même si les matelas n’étaient pas toujours confortables. Même si les hospitaleros n’étaient pas toujours hospitaliers. Même s’il faisait parfois froid dans les dortoirs. Même si, même si… C’est ÇA la vie de pèlerin.  Faire le Chemin de Compostelle, ce n’est pas un voyage touristique!

Y a-t-il du danger à faire le Chemin ?

Je n’ai pas eu de problème grave. Le Chemin est très fréquenté alors il y a toujours quelqu’un pour aider en cas de pépins. Voici les réponses aux questions qui me sont le plus souvent demandées :

J’ai toujours bu l’eau des fontaines et j’ai même bu l’eau des fontaines qui ne sont pas «vérifiées» par les autorités (c’est indiqué comme ça, en espagnol, sur la fontaine). Je n’ai jamais été malade.

Je marchais souvent alors qu’il faisait encore nuit (et seule) mais je savais que le soleil allait se lever dans la demi-heure qui suivait. J’avoue que j’ai parfois sursauté en entendant des bruits dont je ne connaissais pas toujours la provenance mais c’était la plupart du temps des animaux de ferme (vaches, chevaux, brebis, etc.) qui s’activaient dans le pré et que je ne voyais qu’une fois arrivée juste à côté.

J’ai toujours laissé mes bagages sur mon lit incluant mon sac de taille avec mes cartes, mon passeport et mon appareil photo et personne n’a touché à quoi que ce soit. Par contre, je ne faisais pas exprès pour laisser tout ça à vu. Mon argent, quant à lui, était toujours dans mes poches. J’avais rarement plus de 100 ou 200 euros sur moi (et si j’avais autant, c’est que j’arrivais du guichet automatique) car pour une journée, ça ne coûte guère plus de 20 ou 30 euros. Comme il y a des guichets partout, il est peu probable que vous manquiez d’argent, à moins d’un pépin d’ordre personnel comme il m’est arrivé à Torres del Rio.

Les bottes peuvent parfois être un problème. Elles doivent toujours être placées à l’entrée dans les albergues, à cause de l’odeur et parce qu’elles sont parfois très sales et boueuses. On peut rarement les apporter avec soi près du lit. Ainsi, deux personnes m’ont racontées s’être fait voler leurs bottes. La première, c’était une erreur. Elle s’est retrouvée avec des bottes un point trop grand mais identiques aux siennes. L’autre, elle s’est carrément retrouvée avec de vieilles chaussures. En ce qui me concerne, comme je chausse du 5 (35 en Europe), rares étaient les zigotos qui pouvaient me les prendre. Ceci dit, j’ai connu BEAUCOUP de gens ayant fait le Chemin et seulement deux m’ont parlé de problèmes avec les bottes alors…

Pour les chiens, je dirais que 99,5 % sont couchés au soleil et nous ignorent royalement. Les autres se promènent et passent à côté de nous sans même nous regarder, probablement à cause des bâtons. Une seule fois, j’ai eu très peur et c’est en partant de Triacastela. Je crois que cet endroit est même indiqué dans certains guides de pélerins (c’est ce qu’on m’a raconté). C’est un entrepôt surveillé par plusieurs chiens tous enchaînés mais avec des chaînes assez longues. Il suffit de se tenir loin de la clôture et on n’est pas embêté.

Est-ce qu’on peut se perdre sur le Chemin ? Bien sûr ! Mais il faut être vraiment distrait car des flèches, il y a en a à la pelletée ! Par contre, certaines sections du Chemin sont moins bien balisées que d’autres mais de là à se perdre ! Les conditions pour que ça arrive sont le brouillard, la nuit et la distraction. Parfois, je me suis retrouvée devant un dilemne entre un chemin à gauche et un autre à droite. Dans ces conditions, il suffit de faire quelques mètres dans l’un ou l’autre des chemins pour savoir si on se trompe ou non. Il y aura assurément une indication que le Chemin est bon sinon, il faut revenir sur nos pas et prendre l’autre portion.

Est-ce que l’automne est une bonne période ? Est-il difficile de trouver à manger, à boire ? Faut-il avoir une gamelle ?

On m’avait prédit de la pluie et du froid. J’ai eu deux jours de pluie et le froid, c’était en montagne uniquement. J’ai eu 36º C sur la «meseta» et 3º C en montage. Ça donne une idée.

Côté achalandage, les hospitaleros ont été étonnés qu’il y ait autant de monde sur le Chemin. Il paraît que l’automne, c’est plus tranquille mais en 2008, le nombre de pèlerins avait beaucoup augmenté. Il faut savoir que plusieurs albergues ferment à la fin septembre mais la plupart à la fin octobre.

Je n’ai jamais eu de difficulté à trouver à manger. Il arrive que certains villages n’aient pas grand chose comme épicerie (et encore là, c’est rare) mais on s’arrange toujours avec ce qu’il y a. Et il y a beaucoup de restaurants. De plus, les restaurateurs s’agencent à l’heure des pèlerins maintenant et servent le souper plus tôt que pour les résidents (qui ne soupent qu’à 20h30, parfois 21h00) soit 19h00 et même parfois 18h00. Il est inutile d’avoir une gamelle car il y a tout dans les albergues. Par contre, c’est différent en Galice. À Barbadelo, il y avait une cuisinière pour se faire à manger, mais aucune casserole ni ustensile ni vaisselle. Encore là, si près du but, je ne vois pas l’utilité de la gamelle. Il suffit d’aller au restaurant ou de manger un sandwich.

Pour boire, il y a des fontaines partout mais il ne faut pas hésiter à remplir notre gourde même si elle est presque pleine. Je me suis fait prendre une seule fois en pensant que, dans le prochain village, je pourrais remplir ma gourde et ce ne fut pas le cas, mais c’est rare.

Est-ce que je referais le Chemin ?

Sans hésiter. D’ailleurs JE VAIS le refaire. Je compte partir cette fois de Vezelay ou Puy-en-Velay. 

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